Je ne filmerai plus les obsèques

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Source: Google

Oui je l’avoue ces derniers temps, je me pose beaucoup de questions sur la mort. Il y a des temps comme ça, mais cela finira bien par passer.

Cette question me taraude l’esprit depuis quelque moment. Je me demande pourquoi une famille peut décider de saigner pour avoir des photos, des vidéos des obsèques d’un proche ?

Dernièrement, j’ai moi-même assuré cette tâche pour les obsèques de mon grand-père. Je me dis que le choix a été évident vu que je suis journaliste, donc ce volet ne pouvait pas m’échapper. J’ai accepté cette tâche considérant que c’était un honneur car pour moi, il ne fallait pas que le dernier hommage de cet homme qui m’est cher, soit un raté. Je ne voulais laisser aucune image, aucun instant m’échapper.

De la veillée d’adieu à son domicile ici à Yaoundé, jusqu’au départ et l’arrivée à Bangoulap, où il serait inhumé. Je me suis bien équipée avec des batteries de rechange, le trépied, les objectifs et tout le reste. J’ai couvert également la veillée au village. J’étais le reporter d’images à la morgue, au culte, aux funérailles, jusqu’à l’enterrement.

De retour à Yaoundé, il m’a fallu superviser le montage de la vidéo finale et faire le tri dans ces centaines de milliers de photos pour n’afficher que celles qui étaient essentielles. Il fallait enfin multiplier les DVD pour pouvoir les distribuer aux membres de la famille qui le désiraient bien. Un sentiment de satisfaction m’envahissait à la fin de cette tâche et je me disais au fond de moi « Grand-père, voici mon hommage ».

Un dimanche, j’ai décidé de regarder de visionner mon travail. J’avoue que plus les images et vidéos défilaient, plus les souvenirs et les remords apparaissaient. Je me demandais où et comment j’avais pu être si insensible derrière la caméra pour filmer toutes ces personnes en train de se lamenter. J’avais certes essuyé des larmes entre deux ou trois shootings avant de continuer à filmer mais était-ce suffisant ? Je devais plutôt me retrouver devant la caméra moi aussi, entrain de pleurer avec les autres, n’était-ce pas aussi mon grand-père ?

Il y a certes cette envie de faire vivre à ceux qui étaient absents, cette épreuve mais j’avoue que chaque fois que l’on regarde cette vidéo, c’est encore une séance de pleurs qui s’improvise. Pourquoi donc filmer ces scènes qui entretiennent notre souffrance et nous fait à nouveau constater ce vide ? Pourquoi? Pour se vanter que le deuil était quoi ? Grand ? Beau ? Qu’il y avait beaucoup de personnes ? Qu’elles ont bien mangé ? Est-ce vraiment ce qu’on veut quand on perd un proche ?

J’ai posé cette question et j’ai eu des réponses du genre « ces vidéos sont importantes pour ceux qui sont hors du pays qui ont pris des permissions pour les justifier ». Quant à moi, j’ai juste décidé de ne plus le faire et de ranger mes DVD.

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2 comments

  1. Armelle dit :

    Je crois que ça fait désormais partir de l’industrie du deuil. On ne s’occupe pas d’un malade, ne lui fait pas des photos mais à sa mort, on emprunte de l’argent pour faire tout ce qu’on a pas pu lui faire quand il était vivant.

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