Crise Post-électorale au Cameroun : un désavantage pour les femmes/filles du pays

Tout avait pourtant bien commencé pour elles au début du mois d’octobre avec leurs beaux kabas. Elles ont entamé ce mois avec la célébration de la journée mondiale des enseignants le 5 octobre et bien au-delà du statut précaire de ceux qui forment les hommes, il y avait déjà comme une épée de Damoclès qui planait.
Les années précédentes cette journée donnait lieu a toute sorte de réjouissances et de regroupements pour parler de leur statut et de ce qu’elles auraient aimé améliorer pour que ce soit vraiment le métier de leur « rêve ».
Les années électorales sont les plus difficiles au Cameroun car non seulement on ne sait jamais si cela va se passer bien, mais aussi l’argent se fait rare et on a l’impression que tout le monde le cache juste au cas où. On ne vend plus ou pas, les journées sont faites de commentaires, de sommeil et des mains sur les joues. Une situation qui ferait maigrir même le plus dodu d’entre nous. Les nerfs partout quand tu demandes de l’argent et malheur à toi si on te doit de l’argent car la célèbre phrase « tu ne vois pas/ne sais pas qu’il y a les élections dehors ? C’est dur gars » sera ta réponse. Une botte en touche qui très souvent vous fait vous demander si l’élection faisait partie du deal ou du prêt?

Bref le 10 octobre avec la journée mondiale de la santé mentale fallait pas être sorcier pour voir que les femmes stressaient. Il fallait faire des provisions avant le 12 octobre jour de vote car des visions apocalyptiques circulaient dans les foras pendant et après cette date. Elles ont dû emprunter, monter, descendre, discuter, augmenter le prix de leurs propres marchandises pour s’en sortir. Des nouvelles règles à la maison « tout le monde doit être là à 14h », elles ont doublé les cadenas sur leur porte pour ne pas recevoir de mauvaises surprises/visites. Tout ça mentalement c’est éprouvant. Elles ont dû penser à l’alimentation de leur famille bien avant la journée de célébration du 16 octobre sans être exigeante sur le critère « qualité ».

Les 11 et 15 octobre sont passés inaperçus donc pas de célébration de la journée internationale de la jeune fille et de la femme rurale à cause d’un après vote très tendu. Tous les ministres et même celui concerné par ces évènements étaient plongés dans le soutien politique de leur candidat. Une jeune fille et une femme rurale délaissées, diminuées et même abandonnées du fait du climat politique alors que cela apparaissait comme une aubaine pour avancer, convaincre et dresser un bilan même provisoire satisfaisant.

Le 17 octobre pour la journée internationale de l’élimination de la pauvreté n’y a rien à dire si la femme rurale n’a pas reçu le soutien nécessaire pour faciliter l’amélioration de son quotidien, de ses revenus, si les droits de la jeune fille n’ont pas reçu la promotion qu’il faut cette année, ce n’est surement pas la pauvreté qui reculera chez la gent féminine. Cette dernière est la plus touchée par les inégalités et la pauvreté. Quand elle se débrouille à faire une activité génératrice de revenus, il faut que l’état des routes impraticables, la pénurie d’essence/gasoil/pétrole et autres viennent encore lui imposer le rythme de la perte de sa marchandise, de son temps, de ses bénéfices et parfois de sa vie.
Le 24 octobre du fait du mauvais débit de connexion servi dans le pays, je n’ose pas imaginer si même de manière virtuelle il lui a été possible de suivre la semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information pour avoir le recul nécessaire face aux dangers des plateformes numériques.


Le mois d’octobre, un mois primordial pour la santé de la femme car dédié à la lutte contre le cancer et parmi les cancers, celui du sein est en tête avec 3031 cas diagnostiqués pour 37 cas confirmés en 2023 selon un article de Data Cameroon a été muet ou sourd. Le cancer du sein comme en 2022 reste le cancer le plus fréquemment diagnostiqué au Cameroun en 2024 poursuit l’article.
Dans un climat de peur depuis le début de ce mois capital pour la vie politique de notre pays, il a été difficile voire impossible pour la majorité d’entre elles de suivre les séances de counceling, d’autopalpation ou de bénéficier même des campagnes de dépistage gratuites mises à leur disposition dans les localités. Le stress est un des facteurs du cancer chez la femme et ce mois elle n’y a surement pas pu échapper. Tant pour sa progéniture que pour elle-même qui doit braver la discrimination et la honte qui s’installent quand elle voit son sein couler, un de ses seins plus gonflé que l’autre, quand elle s’imagine sans sein pour sauver sa vie.

Octobre rose a été noire cette année au Cameroun, le cancer a surement gagné du terrain aussi. Ce climat de violence tant psychologique que sanitaire ou physique présent dans le pays est pour la femme et la fille un prétexte important pour la célébration des prochains 16 jours d’activisme contre les VBG. A l’issue de cette crise il faudra faire des bilans, sans doute pas reluisants parce qu’on le sait qu’en période de guerre/crise, les femmes sont très souvent des victimes de violences et si le climat s’apaise, il faudra recenser les victimes et leur assurer le suivi qui va avec, pas seulement comme un slogan de campagne électorale, mais pour vraiment les protéger et avancer avec espoir et soutien.

Lettre à toi grand-père ONU : tu t’adaptes ou tu meurs

En 2025 tu auras 75 ans, l’âge de la sagesse, l’âge du bilan, l’âge où on aimerait avoir ses enfants auprès de soi, pour leur prodiguer des conseils, les avertir face aux défis futurs pour qu’ils puissent s’adapter. Adoptée en 1945, ta Charte codifie les grands principes des relations internationales, depuis l'égalité souveraine des États jusqu'à l'interdiction d'employer la force dans ces relations. Et tous tes enfants(pays) se doivent de la respecter. Partie d’une bonne intention à savoir la promotion de la paix et l’entraide entre les peuples, tu ne représentes plus ou moins ces symboles. Les années ont passé et les réalités actuelles ne sont plus celles d’antan. Tu dois désormais faire face au terrorisme, à la cybercriminalité et aux épidémies qui te forcent à revoir ta manière d’agir.

Si au début tes intentions étaient bonnes pou créer le monde idéal où les plus forts aideront les plus faibles à combler le fossé qui les sépare, il apparait à ton 70ème anniversaire que le fossé s’est plutôt agrandi. Trois de tes piliers à savoir la santé, l’éducation et l’égalité des sexes pour ne citer que ceux-là, n’ont pas eu l’effet escompté
Tout d’abord pour l’éducation, l’UNICEF prévoit pour un enfant le droit d’avoir un nom, une nationalité, une identité ; le droit d’être soigné, protégé des maladies, d’avoir une alimentation suffisante et équilibrée ; le droit d’aller à l’école ; le droit d’être protégé de la violence, de la maltraitance et de toute forme d’abus et d’exploitation ; le droit d’être protégé contre toutes les formes de discrimination ; le droit de ne pas faire la guerre, ni la subir ; le droit d’avoir un refuge, d’être secouru, et d’avoir des conditions de vie décentes ; le droit de jouer et d’avoir des loisirs ; le droit à la liberté d’information, d’expression/de participation et le droit d’avoir une famille, d’être entouré et aimé. Pour le cas du Cameroun, depuis2016, 4 ans déjà, plus de 600.000 enfants sont privés des droits cités plus haut selon une publication du UN News du 21 juin 2019. Malgré les menaces, le dialogue(qui finalement s’est avéré être sourd) et les compromis nous avons quatre générations d’enfants non ou sous scolarisés qu’il faudra gérer. De plus en plus de femmes se font violées et exécutées de manière sommaire. Quant aux jeunes devenus oisifs, ils se font recrutés par des bandes armées pour survivre. Dans le monde, le nombre de mineurs incarcérés était de 804 au 1er janvier 2020,représentant 1,1% de la population carcérale. Pour le cas du Cameroun en 2015 d’après les statistiques, on comptait une trentaine de jeunes incarcérés, qui face aux adultes avec qui ils partagent le même espace, sont victimes de divers abus. C’est là un autre vide juridique qu’il va falloir combler.

Ensuite sur le plan de la santé, l’OMS définit des politiques conformes à l'éthique et fondées sur des données probantes; fournir un appui technique, se faire l'agent du changement et renforcer durablement les capacités institutionnelles; surveiller la situation sanitaire et évaluer les tendances en matière de santé. Au Cameroun, les deux campagnes de vaccination contre la poliomyélite et contre le cancer du col de l’utérus se sont heurtées au refus de la population. Sur 90% de taux de couverture que voulait atteindre le Minsanté, à peine 70% ont pu être atteints. Dans le monde la Covid19 a révélé les limites de l’institution à faire face aux épidémies naissantes car en ne jugeant pas utile aux personnes bien portantes de porter des masques,l’OMS a été responsable de l’augmentation du nombre de victimes de l’épidémie,même si elle a pu rattraper le coup par la suite. On dénombrait au 8 octobre2020, 36,166,574 de personnes infectées dans le monde. Au centre de ces tourments, les fausses nouvelles qui pullulent sur la toile et suscitent la méfiance et le laisser-aller des populations.
Enfin parlant du respect des droits des femmes, l’ONU Femmes affirme que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » et que « chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans cette Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. » Même sien 2019 la moyenne mondiale des femmes ministres était de 20,7% contre 18,3% dans les pays en situation de conflit et d’après conflit, il apparait que la Covid19 va creuser le fossé d’inégalités entre les hommes et les femmes. Au Cameroun à peine une dizaine de femmes sont dans le gouvernement de 2020 sur une cinquantaine d’hommes et je ne te parle pas de ce qu’il en est dans les autres corps de métiers. Dans le monde de nombreuses femmes se font violées, harcelés pour avoir un travail décent, de l’argent et même quand elles reçoivent des financements, quelques fois c’est toujours l’homme qui a le dernier mot. De nombreuses personnes aujourd’hui ne savent toujours pas ce qu’est le genre ou encore quelle est la différence entre l’équité et l’égalité. Bref cher grand-père tu as encore beaucoup à faire.

Pour t’aider je te propose d’exclure de ton groupe les états qui ne respecteront pas tes exigences. Ceux qui ne tiennent pas compte de la protection des enfants pendant les conflits ; ceux qui ne respectent pas l’égalité des sexes dans les fonctions ; ceux qui n’autonomisent pas le maximum de femmes ; ceux qui ne garantissent pas une couverture sanitaire sure et accessible à la population. Dans le domaine de la santé il te faudra te réinventer, impliquer toutes les parties prenantes dans la santé. Je pense aussi aux solutions locales contre les maladies ou la Covid19. Comme tout récemment avec la découverte du « Covid Organics » ou encore au Cameroun avec la méthode de Mgr Samuel Kléda.La médecine traditionnelle, naturelle, peu importe le nom qu’on lui donne soigne une tranche de la population qu’on tu le veuilles ou non. La lutte contre les médicaments de la rue ou contrefaits ne s’arrêtera que quand le prix des remèdes, des bons remèdes sera accessible.

Il t’appartient de collaborer avec ces acteurs pour les aider à résoudre le seul problème de cette médecine : le dosage. Tu devras adapter les concepts selon les réalités pour que les peuples comprennent et s’impliquent, nous n’avions pas bien cerné le concept d’OMD que voilà que tu ramènes les ODD. Dans toutes les luttes que tu devras mener il te faudra impliquer les acteurs et les cibles du domaine pour recueillir leurs avis et les adapter pour qu’ils se sentent valoriser. Rappelles-toi de l'adage qui dit que "tout ce qui est fait sans nous est fait contre nous".

Un autre chantier qui t’attend sera de créer et harmoniser les lois des pays membres pour des solutions alternatives juridiques pour les enfants auteurs de délits ou encore pour respecter l’égalité des genres dans les fonctions. Pour autonomiser la femme/la fille, il te faudra faire avec les hommes/garçons et faire en sorte que les deux puissent se compléter dans une activité pour que les hommes ne le voient plus comme une menace. Pour veiller à ce que tout ceci soit dénuer de fausses nouvelles, il te faudra former une équipe de vérificateurs de fait dans chaque pays pour éviter la désinformation, l’infodémie, la mal-information, la mésinformation, l’infoxication, l’infobésité et le deep fake. Cette équipe aura aussi pour mission de créer un espace sain en ligne pour les filles/femmes pour qu’elles ne soient plus victimes de Slut shaming, de sexting, de cybersexisme et de toute autre forme de pratique qui les empêcheront d’être en sécurité en ligne, épanouies et de libérer leur potentiel.

Avec la Covid19, le challenge à relever sera de faire en sorte que toutes les ressources, les opportunités, le réseautage et les réunions soient disponibles en ligne et respecter la distanciation sociale. Mais avant toute chose il te faudra œuvrer pour la paix. C'est le seul gage qui te permettra d'atteindre tes objectifs pour ne laisser personne à la traine.
Je te sais robuste, impartial, digne de confiance et capable de t’adapter. Merci d’être là grand-père ONU et rendez-vous en 2025.

Ces photos ont été prises sur la plateforme Iwaria.com


